Espaces Agricoles à Lausanne

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Étude diachronique

Évolution des espaces agricoles lausannois

Analyse comparative des usages du sol agricole à Lausanne sur trois périodes : 1831, 1888 et 2025, à partir de sources cadastrales historiques et de données contemporaines.

1831
Cadastre Berney
1888
Berney actualisé
2025
Aujourd'hui

Comment les espaces agricoles et espaces verts ont-ils évolué dans la commune de Lausanne entre 1831 et 2025 ?

Cette étude cherche à documenter et à visualiser la transformation de l'occupation du sol agricole sur près de deux siècles, dans un contexte d'urbanisation croissante et de mutation des pratiques culturelles. Lausanne, longtemps entourée de vignes, de près et de terres arables, a connu une transformation radicale de son territoire.

La ville ou plutôt la cité de Lausanne, dans une optique d’autosuffisance et dans un contexte de pénurie alimentaire a dès le XVIIIe - XIXe siècle commencé à acquérir et valoriser ses domaines agricoles. Ces derniers devaient à la fois permettre de répondre aux besoins alimentaires de la population mais aussi de rayonner à l’extérieur, pour son vin par exemple.

Ces nombreuses acquisitions dotent Lausanne d’un patrimoine considérable qui passé 1850 est exploité pour le développement urbain : les infrastructures agricoles et zones rurales proches sont supplantées par la construction de grandes infrastructures et de nouveaux bâtiments. En effet la population double en 40 ans entre 1850 et 1888. Ce grignotage des espaces ruraux par la ville a presque failli faire disparaitre le monde paysan car les terrains nouvellement acquis servent à la ville pour y construire de nouvelles infrastructures.

En mobilisant des sources cadastrales historiques et des données contemporaines, nous mesurons l'ampleur de cette évolution et identifions les dynamiques spatiales à l'œuvre. Avec ce site internet il est possible pour les utilisateurs d’observer ces changements. En effet la carte interactive permet de jouer avec les couches temporelles et thématiques pour faciliter la visualisation des données récoltées.

Trois périodes, trois sources

1831
Cadastre Berney

Première représentation systématique du territoire lausannois, avant l'industrialisation.

1888
Berney actualisé

Mise à jour cadastrale dans une période charnière, marquée par l'essor ferroviaire.

2025
Guichet cartographique cantonal

Géodonnées ouvertes du canton de Vaud

Démarche méthodologique

01
Extraction des parcelles agricoles

Les trois cadastres retenus — 1831, 1888 et 2025 — associent à chaque parcelle une catégorie d'usage (use). À partir de ces annotations, nous avons sélectionné l'ensemble des parcelles relevant d'usages agricoles ou forestiers.

Cette sélection n'a pas pu être réalisée manuellement : les cadastres historiques comportent des milliers de catégories distinctes, issues de nomenclatures hétérogènes et évolutives. Nous avons donc eu recours à un modèle d'intelligence artificielle pour automatiser la classification, en lui soumettant l'ensemble des catégories brutes afin d'identifier celles relevant du domaine agricole ou forestier.

02
Harmonisation des catégories

Une fois les parcelles agricoles extraites, il fallait les rendre comparables entre les trois périodes. Chaque cadastre dispose de sa propre nomenclature : des centaines de catégories spécifiques dans les sources historiques, contre un nombre très restreint dans les données contemporaines (2025).

Nous avons défini un référentiel commun de neuf catégories générales, contraint par les annotations du cadastre actuel — le moins détaillé, et donc le plus structurant. Les catégories historiques aux usages similaires ont ensuite été fusionnées dans ces grandes classes. Cette opération de correspondance, impliquant des centaines d'entrées à apparier, a également été assistée par intelligence artificielle.

03
Reconstitution d'une évolution continue

Pour dépasser la comparaison entre trois instantanés et obtenir une lecture plus fine, nous avons formulé l'hypothèse suivante : entre deux dates cadastrales, les espaces agricoles régressent là où des bâtiments sont construits.

Neuf cadastres bâtis intermédiaires couvrant la période 1873–1945 ont été mobilisés. Pour chaque date, une différence spatiale est appliquée — l'emprise des bâtiments est soustraite aux surfaces agricoles : surfaces agricoles − bâtiments superposés. Cette opération permet de calculer une superficie agricole nette à chaque date intermédiaire et de restituer une courbe d'évolution plus continue entre les trois points d'ancrage.

Neuf catégories d'usage du sol

Jardins

Jardins potagers et familiaux.

Hangars

Espaces liés à l'élevage et aux animaux.

Bassins

Réservoirs à usage agricole ou d'irrigation.

Terres arables

Champs cultivés : céréales et maraîchage.

Forêts

Espaces boisés exploités ou naturels.

Prés

Prairies et pâturages destinés au fourrage.

Serres

Production horticole sous abri.

Pépinières

Production de plants, arbres et végétaux.

Vignes

Parcelles viticoles, héritage paysager de Lausanne.

Principaux enseignements

L'analyse des superficies cadastrales révèle des transformations profondes et contrastées selon les catégories d'usage. Si certains espaces ont pratiquement disparu, d'autres ont connu une mutation qualitative majeure — moins de parcelles, mais plus grandes et plus consolidées.

−81%
Terres arables
977 ha en 1831 → 184 ha en 2025
−57%
Prés & pâturages
1 067 ha en 1831 → 462 ha en 2025
−27%
Vignes
232 ha en 1831 → 168 ha en 1888 → disparues en 2025
+74%
Jardins
60 ha en 1831 → 105 ha en 1888
Composition relative des usages agricoles, 1831–2025
Part de chaque catégorie dans la surface agricole totale (%), sur 12 dates cadastrales
Évolution de la surface par catégorie, 1831–2025
Superficie en hectares pour chaque type d'usage, incluant les dates intermédiaires issues de la soustraction bâtiments–parcelles agricoles
Surface agricole consommée par l'expansion bâtie
Hectares perdus (barres) et part de la surface agricole totale perdue (courbe) à chaque date intermédiaire

Ce site a été réalisé dans le cadre du cours
HUM-454 - Histoire urbaine digitale : Lausanne Time Machine
Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL)

MA
Mohsen Akoum
JR
Jade Raugel
TZ
Teresa Zabala-García
Époque
Couches
Études de cas

Points d'intérêt

Zooms sur des sites emblématiques illustrant les dynamiques de transformation des espaces agricoles et naturels lausannois. Chaque mini-carte affiche les données réelles des trois périodes étudiées.

Site 01

La Vuachère

Revitalisation d'un corridor forestier urbain

La Vuachère est le seul couloir forestier continu traversant Lausanne — la Louve et le Flon ayant été mis sous voûtage. En 1994, des travaux hydrauliques d'envergure débutent pour assainir la rivière et consolider ses berges. En 2007, un sentier pédestre de 8 km est inauguré, reliant Praz-Séchaud au lac.

Avant 1994

Rivière fréquemment à sec, collecteur d'eaux usées fuyant dans le cours d'eau, berges instables, aucun accès public.

Après 1996–2007

Eaux du Flon déviées (débit min. 0,5 m³/s), berges enrochées, 8 km de sentier, embouchure en réserve naturelle, truite du lac réapparue.

Zoom 1.1 Embouchure / Denantou
Avant 1995

Embouchure polluée par les fuites du collecteur d'eaux usées. La rivière était régulièrement à sec, le vallon inaccessible.

Après 1996

Réserve naturelle. La truite du lac y a réapparu. Point de départ officiel du sentier de la Vuachère. Débit garanti à 0,5 m³/s.

Zoom 1.2 Pont du Diable / Bonne-Espérance
Avant 1995

Tronçon en gorge soumis à une érosion sévère. Berges instables en molasse, aucun accès public.

Après 1996

Berges enrochées avec matériaux naturels. Un pont a été construit pour faire passer le sentier pédestre dans la gorge.

Zoom 1.3 Parc de la Gottetaz
Avant 1995

Zone boisée existante mais peu accessible et peu connue du public.

Après les travaux

Intégration d'un chemin piéton et d'une place de jeux. La forêt a été préservée et mise en valeur.

Zoom 1.4 Vallon de Valmont
Avant 1996

Point de départ des travaux : forte érosion due à la pente et aux crues. Zone forestière dégradée.

Après 1996

Enrochement naturel, boisé revitalisé. La ferme Aebi intégrée au parcours crée un espace forestier en plein cœur de la ville.

Zoom 1.5 Praz-Séchaud — Source

C'est ici que naît la Vuachère, au contact des prairies et du massif forestier du Jorat. Ce secteur représente l'un des rares espaces prairiaux de haute altitude encore préservés aux marges de la commune lausannoise.

Site 02

Parc de Milan

De la campagne agricole au poumon vert de la cité

Le Parc de Milan illustre les allers-retours entre usages agricoles et espaces de loisirs qui ont marqué Lausanne. Propriété privée boisée entourée de terres agricoles au XIXe siècle, racheté par la Ville en 1895, il accueille cirques et pistes équestres avant de redevenir une zone de cultures maraîchères pendant les deux guerres mondiales, pour finalement prendre sa forme de parc public en 1947.

Zoom 2.1 Parc de Milan — Crêt de Montriond
XIXe siècle — 1895

Propriété privée boisée entourée de terres agricoles. La forêt du Crêt de Montriond constitue l'ossature boisée. Rachat par la Ville en 1895 pour en faire un parc et une place de sport.

1946–1947

Jardin botanique construit sur la colline de Montriond en 1946 (plantations, cascades, sentiers). Le parc dans sa forme actuelle est établi en 1947.

Entre ces deux dates, le site accueille des cirques et pistes équestres, puis redevient une zone de cultures maraîchères pendant les deux guerres mondiales.

Site 03

Bellerive

La construction artificielle d'un nouveau bord de lac

Construite entre 1936 et 1937 par l'architecte Marc Piccard, la plage de Bellerive représente un exemple rare de création ex nihilo d'un espace vert par remblaiement lacustre. Une partie importante du terrain a été créée artificiellement dans le lac pour obtenir une surface suffisante, redessinnant littéralement la ligne de rivage lausannoise.

Zoom 3.1 Bellerive — Plage et bord du lac
Avant 1936

Rive étroite, pas d'équipement public de baignade à cette échelle. Le lac constitue la limite naturelle du territoire communal.

1936–1937

Remblaiement lacustre pour créer une surface plane. Espace vert totalement anthropisé, stabilisant la rive et offrant un équipement de loisirs à grande échelle.