Analyse globale

Tout d’abord, une synthèse globale met en évidence les principaux chiffres de l'étude, pour ensuite étudier les éléments individuels de chaque site : le Flon, la Louve, la Vuachère, la zone humide en amont de Vidy et les rives du lac.

Le premier axe d'analyse se concentre sur l'évolution de la longueur totale des cours d'eau visibles à travers le temps, résumée par le graphique suivant.

Logo EPFL

On observe ainsi deux phases distinctes.

  • L'illusion de la croissance (1721 - 1831)

    Le pic visible au début du XIXe siècle ne traduit pas une création de rivières, mais un saut qualitatif de la cartographie lausannoise. Là où le plan Melotte omettait une grande partie du réseau hydrographique par manque d'intérêt à ce sujet (son but principal étant fiscal et foncier, visant avant tout à délimiter les parcelles), le cadastre Berney livre une topographie plus rigoureuse faisant apparaître des cours d'eau pourtant déjà existants.

  • Le grand effacement urbain (1888 - 1959) Cette période correspond à la modernisation et à l'extension rapide de Lausanne. Face aux impératifs de santé publique, à la gestion des épidémies et au besoin d'aménager de nouvelles routes, la ville fait le choix d'enterrer et de canaliser ses rivières. En quelques décennies, le paysage se transforme profondément : près de 75 % du réseau à ciel ouvert disparaît de la surface, l'eau étant reléguée au sous-sol pour libérer l'espace nécessaire à la croissance urbaine.

Depuis les années 1960, le réseau s'est stabilisé. Ceci montre que la majeure partie des cours d'eau du centre-ville historique a définitivement disparu de la surface, ne laissant à l'air libre que les sections situées en périphérie ou préservées de l'urbanisation dense.

Dans la continuité de ce premier constat, notre second axe d'étude se penche sur l'évolution de l'occupation du sol. Nous analysons quelles infrastructures ont progressivement pris la place du réseau hydrographique lausannois à travers trois périodes différentes.

Les prémices de l'urbanisation (1721 - 1831)
Graphique occupation du sol 1721-1831
Carte des changements 1721-1831

Entre le plan Melotte et le cadastre Berney, les portions de rivières qui disparaissent sont encore majoritairement remplacées par des espaces naturels ou agricoles (non-built). Les premiers signes d'artificialisation apparaissent toutefois avec l'aménagement de nouvelles routes directement sur les anciens tracés de l'eau. Ces remplacements restent ponctuels et fragmentés. À cette époque, l'effacement naissant des cours d'eau sert d'abord à relier les quartiers entre eux, posant les toutes premières bases de la ville moderne.

L'accélération industrielle (1831 - 1888)
Graphique occupation du sol 1831-1888
Carte des changements 1831-1888

Au cours du XIXe siècle, l'effacement des rivières s'accélère brutalement sous l'impulsion de l'évolution de la ville. Les anciens lits d'eau et leurs abords naturels sont sacrifiés au profit de nouvelles infrastructures. L'explosion du réseau routier, dont l'emprise triple en un demi-siècle, démontre que les tracés fluviaux sont reconvertis en artères de transport pour soutenir une ville en pleine expansion économique. Cette artificialisation frappe particulièrement la vallée du Flon : elle est progressivement remplacée par les routes et les premiers bâtiments, marquant le début de l'enfouissement systématique des cours d'eau lausannois pour les besoins de l'industrie.

L'achèvement de la mutation urbaine (1888 - 2021)
Graphique occupation du sol 1888-2021
Carte des changements 1888-2021

La période contemporaine marque l'achèvement de cette métamorphose urbaine. L'espace fluvial a été totalement absorbé par les nouvelles infrastructures. L'analyse démontre que l'effacement des rivières a directement dicté la forme de la ville actuelle : les anciennes vallées de la Louve et du Flon ont été comblées pour devenir des artères de circulation centrales. Dans le prolongement de ces nouveaux axes, le tissu bâti s'est fortement densifié. Le centre-ville a ainsi pu s'étendre en exploitant directement les surfaces libérées par l'enfouissement de ses cours d'eau.